Accueil du site > Regnum chartorum > La Saint-Grégoire > Saint-Grégoire 2010 > Saint Grégoire 2010

Recherche

A propos de l'auteur

  • Emeline

    Dame de compagnie de la reine ( 2009/2010)
Malheureusement pour nous,les circonstances nous ont fait perdre la jolie musique, les jeux de lumière et la plupart des coulisses puisque nous dûmes jouer en plein air (et je ne dis rien du son des voitures...)

Voici le sketch original tel qu’il avait été prévu, sans les malheureuses modifications auxquelles nous contraignirent des imprévus de dernière minute.

Personnages, par ordre d’apparition

LE CHŒUR : Hélène Coulaud
NOUNOURS, alias Jérôme Hélie : Alexandre Tur
LE MARCHAND DE SABLE, alias Patrice Corre : Henri Pinoteau
LE GRAND PRETRE : Guillaume Frantzwa
LA PRETRESSE SADIQUE, son assistante : Hélène Coulaud
DON ENRIQUE, chef d’expédition espagnol : .Romain Feeser
HERR CAZAURAN, aventurier allemand : Charles Dandine
LE P. LEMAIRE, jésuite érudit : Sylvain Chevauché
ZORRINO, guide local : Ariane Guézouli
MME CHARBONNIER, indienne : Iseut l’Huillier
MME OZANAM, helléniste acculturée : Emeline Pipelier
PERO FERNANDES SARDINHA, évêque : Clément Noual
MME MAUREL, gardienne de prison : Julia Torlet
FOUQUET-JEANNE, concitoyenne de la précédente :Livia Foraison
LEVRARD CAPAC, princesse inca : Amandine Gaudron
TECHNICIENNE DU SON : Fanny Rosso

Préface

LE CHŒUR : J’aimerais citer en exergue de cette préface Tite-Live, comme le faisait Racine, et en profiter pour développer mon art poétique, ma conception de l’œuvre et de la politique auctoriale, et mon idée des Illusions perdues de Balzac. Seulement, on m’interromprait bientôt, et surtout il s’avère que le sujet de mon intrigue n’a pas été inspiré de Tite-Live. Plus dans le sujet serait de citer les Lusiades, cette grande épopée de Camões que nous craignons tous d’avoir un jour à commenter, mais cet auteur n’a pas non plus jugé digne de noter le fait divers qui fait le centre de cette pièce, quoi qu’il l’eut du, je pense. Je me rabattrai donc sur un poète brésilien du XXe siècle, Oswald de Andrade, hors du programme heureusement. Celui-ci commençait en 1928 son Manifeste Anthropophage par un bilan auquel tous nous sommes arrivés :

« Seule l’anthropophagie nous unit. Socialement. Économiquement. Philosophiquement.
Unique loi du monde. Expression masquée de tous les individualismes, de tous les collectivismes. De toutes les religions. De tous les traités de paix.
Tupy or not tupy, that is the question (en anglais dans le texte) »

Ces propos, auxquels avant nous ont du se référer les membres du jury, il les datait avec bonheur de l « Año 374 de la Deglución del Obispo Sardinha », de l’ « an 374 de la déglutition de l’évêque Sardinha », véritable date de naissance du Brésil selon lui. D’une seule phrase, Racine a écrit Bérénice ; quant à moi, c’est de cette seule mention que je compte écrire ma pièce. Qui était l’évêque Sardinha ? Je me dois, je crois, de le préciser au spectateur qui aurait omis la lecture du livre de Bartholomé Benassar.

Peregrinatio est longa, barbari autem saevissimi et stulti, libenter equidem aliquid commedam, dummodo non sit carnis.
se disait à coup sûr – et sans barbarisme – saint Boniface en commençant avec ascèse son apostolat auprès des païens qui se trouvent aux limites de cet espace géographique mouvant qu’on appelle dorénavant « la Gaule de M. Guyotjeannin ». Il n’imaginait pas, sans doute, combien son lointain successeur Sardinha l’eut maudit pour ses paroles, lui qui servit lui-même de viande, inutilement consommé par les Indiens Caétes en 1556, alors même, que, perdu pour perdu, il aurait pu servir à éviter le scorbut à ses camarades.

Venant d’Inde, Sardinha n’en était pas à son premier séjour chez les infidèles lorsqu’il fut élu, clero et populo bien sûr, à l’évêché de Bahia, capitale du Brésil portugais que le pape venait d’ériger en diocèse. Nous étions en 1551 et Sardinha avait 55 ans. S’il connaissait les infidèles, sans doute manquait-il d’expérience en ce qui concernait les sauvages et, rapidement en désaccord avec le gouverneur portugais, dont la fonction principale consistait à repousser les protestants français, lesquels s’entendaient plutôt bien avec les indiens Tupinambas, c’est en rentrant se plaindre à Rome et à Lisbonne que Sardinha fit naufrage, fut pris par les indigènes et gratifié d’un splendide festin.

Voilà le fil conducteur de ma pièce ; si j’ai rajouté quelques événements, quelques personnages, ce n’est que pour la vraisemblance historique : tous, l’auteur s’en porte garant ici, existent ou ont existé ; pas de fiction dans mon œuvre, seulement une présentation agréable sans volonté d’édifier puisque Rousseau a bien montré que ça ne sert à rien.

Eu égard à la composition du jury d’histoire contemporaine, la scène se passe sur un petit nuage, quelque part au dessus du monde noir et blanc de l’ORTF, alors que le Marchand de sable et son fidèle Nounours devisent gaiement…

Prologue

Scène 1 Sur le nuage, MARCHAND DE SABLE, NOUNOURS.

Musique de « Bonne nuit les petits ». Entrée de Nounours et du Marchand de sable. Ils discutent.

Nounours : Alors, euh… patron…Qu’est-ce qu’un gniaff ?

Marchand de sable : …

N (regarde autour de lui, puis s’écrie) : La même chose qu’un bouif voyons !! (Il s’amuse de sa plaisanterie) Ça a l’air improvisé, comme ça, mais ça fait des mois que j’attends de la sortir…

M (sérieux) : Bon, Nounours, la nuit tombe, nous sommes un établissement sérieux : le fameux Pierre Abélard [cf. la réunion de rentrée] a bercé ses étudiantes depuis ce nuage, et comme vous ne voulez pas me dire le nom du nouveau ministre...

N : Oui, fini la rigolade générale, on va faire cours. Il n’est que (heure approximative) et j’en ai plein d’autres en réserve, patron.

M : Oui, donc, vous allez descendre… Vous allez arriver à l’heure… (Nounours acquiesce, les yeux dans le vague) Et surtout, vous serez gentil avec les enfants, vous veillerez à ce qu’ils viennent à la réunion de rentrée, vous leur donnerez leur emploi du temps … (même jeu) Bon, je vous laisse.
Il veut sortir, puis se ravise et crie : Et surtout soyez gentil avec les enfants !

Scène 2 Nounours : Bon, ne prenons pas de retard, sinon les parents vont se plaindre à l’administration, et l’administration, après, m’engueule. C’est absolument monstrueux. Il regarde en bas. Tiens, on survole la banquise. Là, 4 pingouins, et là, mon copain l’ours blanc. On se croirait en salle des médailles. Sur ces bonnes paroles… Il sort en chantant la chanson de Nounours.

Scène 3

Nounours revient, un gobelet de café à la main. Bon, bah, c’est l’heure. Je descend.Il sort.

Scène 4 Dans la jungle. Bruits de jungle ?

Nounours : Mais … Euh… Quel est cet endroit ? C’est vrai qu’ Haussmann et moi ça fait deux mais quand même… J’ai du rater mon arrêt… Il me semble que je connais cette jungle. Son regard s’éclaire. Ah mais oui ! C’est la patrie des cannibales… sourire Ils doivent être quelque part en train de manger leurs petits frères, on connaît ça depuis l’Antiquité, on appelle ça une situation tragique. On entend des cris quelque part dans les coulisses. Qu’entends-je ? Je vais rester regarder, ça va être sympa. Bon projet de sortie de classe … Il se cache.

Acte I

Scène 1

Nounours (caché), le Grand Prêtre, son assistante, Leon, Cazauran, Lemaire, Zorrino, 2 ou 3 Indiens

Le prêtre, traînant les prisonniers. Ces derniers sont attachés tous les quatre par les mains qu’ils tiennent derrière le dos, de manière à former un cercle où leurs visages sont tournés vers l’extérieur. Cazauran et Leon sont tournés face au public. Des Indiens pas commodes dansent derrière le cortège. Le prêtre s’arrête, laissant les prisonniers au milieu de la scène. Ils sont un peu bousculés et Leon pose sont pied sur celui de Cazauran.

Le prêtre commence un discours improvisé où il explique ses cruelles motivations.

Cazauran bas, à Leon : Cher ami, vous me marchez sur le pied. Il répète plusieurs fois sa phrase, et comme Leon ne répond pas : Ça ne vous intéresse pas ce que je dis ?

Leon, qui n’a pas écouté : Hein, quoi ?

Cazauran : Non, rien…

P s’avance et tourne Leon en évidence face au public : Je sacrifierai tout d’abord Don Enrique, le chef de cette expédition, qui a osé profané cette terre en apportant ici des savoirs cabalistiques où se mêlent des dates de conciles, des systèmes de grues étranges, des sous d’or cuit et des textes issus de cultures lointaines que nous abhorrons !
Il fait tourner les prisonniers et présente Cazauran au public : Je sacrifierai ensuite Herr Cazauran, aventurier nordique sorti tout droit des brumes de la forêt germanique pleine de Walkyries, dispensateur d’interrogations fournies, prodigue en bêtisiers de devoirs sur table, et détenteur de tous les savoirs sur la carotte, la betterave fourragère, la cigogne et le reprisage !
Il fait encore tourner le cercle : Puis je sacrifierai le Père Lemaire, Jésuite averti, fin lettré, éminent latiniste, qui a éclairé de son esprit critique les plus haut placés sur les boîtes de nuit et les minijupes (tunica succinta) !

Lemaire, indigné : Ah non ! Je cite aussi saint Augustin, je ne suis pas totalement corrompu !

Leon : Saint Augustin ! Quel personnage fascinant ! J’ai beaucoup de sympathie pour lui.

P : Taisez-vous ! Il fait tourner. Je sacrifierai enfin le perfide Zorrino, qui nous a trahis en acceptant de s’acoquiner avec ces ignobles aventuriers. J’ai dit !

Leon : Votre plan surprend un peu, mais se révèle finalement convaincant. On aurait cependant pu attendre de votre part quelques précisions sur les objets du culte, par exemple ce couteau que vous tenez à la main… En fait, c’est bien, mais c’est pas top. Vous m’avez décontenancé ; ce n’est pas ce que j’attendais.

P : Silence !

Musique flippante. Le Grand Inca s’apprête, avec son assistante, à procéder au sacrifice. Lorsque soudain…

Nounours : Pompopopom popopopompom … Je sens qu’on va avoir besoin de moi …

Le prêtre, qui n’a jamais vu d’ours, prend peur. Effroi général, plumes qui volent…Les Indiens s’enfuient. Les prisonniers parviennent à se délier.

Scène 2

Nounours, Cazauran, Zorrino, Leon, Lemaire

Zorrino : Vous nous avez sauvé la vie !

Nounours n’écoutant pas (comme en colle) : Étrange, j’aurai juré que c’étaient des méchants abominables. Cela n’a pas de sens commun. Mais il faut dire que cette sympathique peuplade n’est point accoutumée à la vue d’un animal tel que moi… (reprenant ses esprits) Mais euh… Que faites-vous là ?

Leon sort ses fiches et des livres de sa sacoche : Nous sommes à la recherche du trésor de Levrard Capac, auquel Georges Chamallin a consacré une thèse fort pertinente (brandit un livre, puis le fait passer). Ce trésor apparaît dans les chroniques du monastère de Vittida, en Italie, et…

Caz. : Cher ami ?

Leon au bout d’un certain temps : Oui ?

Caz : Comment dit-on boa constrictor en allemand ?

Leon : Euh, je ne sais pas, je ne suis pas un très bon germaniste… [sic !]

Caz : Mais enfin, vous savez !

Leon : Mais non !

Caz : Der Boa ! le répète sur tous les tons. Mais pourquoi je disais ça au fait…. Ah oui ! Il y en a un juste derrière vous !

Effroi de Leon. Nounours s’empare du boa, le fait tourner et le jette dans le public.

Lem. : Après cet intermède, je vous propose de continuer. Nous sommes donc à la recherche du trésor de…

N : Levrard euh… Sapac ?

Lem : Ah non. Capac. Un temps. Pas de questions ?

Caz boudant : Mais, on aurait pu faire tous les animaux de la jungle, la mygale (die Vogelspinne), le singe (der Affe), le jaguar (der Jaguar) , naninana…

N : Mais, c’est quoi ce trésor ?

Leon : J’avais d’abord pensé à l’appeler le Trésor de la dernière princesse Inca maudite des Andes qu’elle garde précieusement, mais c’était trop long, normal, c’était presque une phrase, puis j’ai songé au Dernier trésor des Andes, mais ça faisait un peu TF1, et puis ça ne rendait pas suffisamment compte de la situation. J’ai finalement opté pour le Trésor de Levrard Capac, je n’en suis pas totalement satisfait, mais il était déjà quatre heures du matin, alors…

N : Oui, mais en quoi consiste-t-il ?

Silence. Leon mélange ses fiches, puis répond : Eh bien … Justement nous manquons de sources. Comme je m’apprêtais à le dire avant d’être interrompu, la chronique du monastère de Vittida est lacunaire. Peut-être que le chroniqueur a cassé son calame, il est allé manger et il a oublié d’écrire la suite ! Au public Mais pourquoi c’est-y que cette chronique ne nous apprend rien ?

Zorrino : Enfin, bref, nous allons chercher le Trésor de Levrard Capac, c’est génial !

N : Des massacres ! des momies ! des plumes ! des sacrifices ! Ambiance ! … Mais à propos de sacrifice, pourquoi vous-êtes vous retrouvés en telle posture ?

Leon : Je ne sais pas…

Z : Il voulait peut-être votre veste en poil de lama ? …

Leon : Ce n’est PAS du lama ! C’est l’autre veste !

Caz :En tous cas cet individu était d’une compagnie gênante. Il fallait se le farcir …

Z à Nounours : Et vous, Monsieur, qui êtes-vous ?

N : Et bien euh … Le jour j’enseigne à des fous qui est le chevalier de Jaucourt.

Z : Hein ?

N : Oui, mon métier, c’est de raconter n’importe quoi, mais ce n’est pas grave, car mon cours n’est pas destiné à éduquer des petits Français mais à instruire quelques cinglés.

Z : Voilà qui est édifiant !

N : Et la nuit, je descends de mon nuage pour m’occuper des enfants.

Z : Vous ne dormez jamais ?

N : Non, je bois du café.

Z au public : Ah, c’est pour ça …

Leon : Voilà une analyse intéressante. Vous l’avez trouvée sur Google ? Au public Mais il manque des pages, c’est énervant hein … On se sent frustré … Se tournant vers Nounours Acceptez-vous de vous joindre à nous ? Nous bénéficierons de votre expérience !

N : Bon bah euh oui.

Leon transporté d’enthousiasme : En avant !!

Ils sortent tous.

Acte II

Scène 1 : Les mêmes.

Musique héroïque. Leon entre, le sourire aux lèvres ; Z suit en traînant des pieds ; Lem. Regarde en l’air, N a l’air bougon, Caz a sa chemise sortie du pantalon.

Caz : Cher ami, je crois que nous sommes perdus.

Leon : Mais non ! Quand vous serez devenu médiéviste, vous apprendrez qu’un médiéviste n’est jamais perdu ! Sort un plan de sa sacoche. L’ensemble épiscopal est là, le bourg monastique est là … Zut, ce n’est pas la bonne carte. Fouille sa sacoche. Nom d’un reliquaire !!! Je n’ai pas la carte ! Je ne l’ai pas mise dans mon sac, vous comprenez, ça faisait trop lourd …

Caz : Nom de nom !

Z : Nous sommes perdus, au secours !

Lm : Ce n’est pas grave. Vous savez, on peut toujours faire des progrès.

N : C’est l’enfer, je m’en rends compte au fur et à mesure que l’on progresse dans l’année. D’ailleurs j’ai vos copies… Émerge. Hein quoi … Ah oui, on va tous mourir, mais c’est pas grave. Il se marre.

Lem : Restons calmes… Nous allons trouver une solution. Est-ce que quelqu’un a trouvé ?

Leon, pleurnichant : Oui, je sais, c’est consternant ce que j’ai fait … C’est le contraire du prud’homme, c’est comme manger à la cantine … C’était vraiment une boulette, comme en 858 … Mais je suis fantaisiste, vous savez.

N : Vos propos me semblent incohérents …

Leon : Vous n’avez pas compris, et je comprends aisément, comme disait Brice de Tours, qu’il ne faut pas confondre avec l’évêque de Nice, celui qui pratiquait la planche à voile… Et oui, il faut bien se réveiller avec des plaisanteries foireuses… Euh, après cette incise humoristique, je ne sais plus si ma phrase est d’aplomb.

Z se tordant les mains Mais qu’est-ce qu’on va faiiire ....

Caz : Que votre Stirn est étroit … Montrez moi votre Stirn, Zorrino … Zorrino prend un air choqué. Mais enfin, montrez-moi votre Stirn !! Zorrino finit par désigner son front Prima !!! geste.

N : On ne va pas rester coincés ici, si seulement nous avions quelques baudets bâtés à notre disposition …

Z : Bâtés ?

N : Quoi ? Vous ne savez pas ce que c’est, malheureux ?!

Lem : Chut, je crois qu’on vient.

Scène 2 : Les mêmes, plus Mmes Charbonnier et Ozanam

Jolie petite musique toute légère. Ozanam et Charbonnier entrent en discutant. Elles n’ont pas vu les aventuriers.

Charbonnier se pâmant, à O. : Ma chère vous avez telllllement de chance de faire du grec ! Cette culture est tellllement fascinante ! Même si le niveau des pièces d’Aristophane n’arriva pas à dépasser celui de cet humoriste … Comment s’appelle-t-il déjà ?

Ozanam : Vous avez raison. C’est comme cette version que j’ai donnée l’autre jour, Bons mots de Cicéron. C’était censé être plein de plaisanteries, mais en fait ce n’était pas drôle, et comme ce n’était pas drôle mes élèves auraient pu croire qu’ils avaient mal traduit, alors je les ai prévenus… Elle remarque les aventuriers. Bonjour ! Vous avez l’air fatigués, qu’est-ce qui vous arrive ?

Zorrino : Bonjour mesdames, (il leur serre la main) je suis Zorrino, guide... Nous sommes à la recherche du trésor de Levrard Capac, mais nous nous sommes perdus. Auriez-vous l’extrême amabilité de nous indiquer le chemin du prochain village ?

N : Et avoir du café … En payant ?

Ch : Bel exemple d’intertextualité … Référence au Hussard sur le toit … Joli livre. Mais ça ne vaut pas Proust, évidemment, ni Foucaud, le maître de l’hypotypose… Euh, non, pardon, de l’ekphrasis.

Oz : Un village ? nous pouvons vous y conduire.

Z : Allons-y !

Oz : Attention lequel de nos 3 verbes est-ce ?..... Je vous l’ai déjà dit ! Sort une craie de sa poche. Il s’agit de eimi 2, voyons ! Ecrit le verbe en l’air, puis range sa craie en s’arrangeant pour s’en mettre sur le nez. Souvenez-vous en pour la prochaine fois, surtout !

Ch : Ma chère, ne faites pas languir ces braves gens ! Il faut que nous rentrions au village !

Oz : En avant ! Marchons notre pied, comme disait Oreste !

Ils se mettent en marche.

Ch, à Lem : Vous ne trouvez pas, cher Monsieur, que l’on éprouve le même plaisir intellectuel à lire Starobinsky ou Doubrovsky ?

Ils sortent. Mais Ozanam se détache du groupe : Après cette scène compliquée, nous vous proposons un petit intermède burlesque, en rapport avec le nouveau programme d’histoire moderne. Je vous propose donc d’écouter :

LA COMPLAINTE DE SARDINHA

Dans la jungle, plus loin, Sardinha, le prêtre et la prêtresse, des Indiens…

Sardinha arrive par le côté en se cassant à moitié la figure.

SARDINHA : Ah ! Quelle situation atroce ! Je voulais aller aux îles pour bronzer aux côtés de Don Enrique, et au final j’en suis à chercher ma suite perdue dans la jungle sombre et sauvage... (grognement bestial pas loin) C’est réussi !

Des voix chantantes, puis un cri de douleur.

SARDINHA : Quoi ? On aurait dit la voix de mon secrétaire dominicain... Qu’est-ce qui lui arrive encore ?

Des rugissements, puis un cri de terreur.

SARDINHA : ça devient inquiétant là... On dirait mon missionnaire jésuite...

Entrent les Indiens emplumés derrière Sardinha.

PRETRESSE SADIQUE : Seigneur, là ! Encore un ! Gloire à Xipe Totec l’Ecorché !

GRAND PRÊTRE : En effet, on dirait que c’est l’homme qu’on nous a décrit sous la torture, Tlaloc le fertile soit loué ! Par Tepeyollotl le jaguar, on va compléter la brochette !

Les sauvages chantent sur l’air de Malbrouck s’en va-t-en guerre :

En me promenant dans la jungle
Le sang sur les palmiers
En me promenant dans la jungle
J’ai rencontré trois clercs
J’ai rencontré trois clercs

L’un était Dominicain
Le sang sur les palmiers
L’un était Dominicain
Son cœur fut arraché
Son cœur fut arraché

Le second était Jésuite
Le sang sur les palmiers
Le second était Jésuite
Il fut chair à jaguar
Il fut chair à jaguar

Le troisième était évêque
Le sang sur les palmiers
Le troisième était évêque
Nous venons de le trouver
Nous venons de le trouver

Evêque, mon bon évêque
Le sang sur les palmiers,
Evêque, mon bon évêque
Connais-tu le dessert ?
Connais-tu le dessert ?

ON VA TE FAIRE ROTIR !!!!!!!

SARDINHA : Euh... on peut pas discuter ? Je m’appelle Sardinha... (il rapetisse en parlant)

GRAND PRETRE : J’ai envie de poisson ! Merci à Huitzipolochtli pour ce repas sanglant ! Merci de nous donner la viande tendre d’un clerc pour commémorer le roi 18-Lapins !

PRETRESSE SADIQUE : Saignons-le ! Trucidons-le ! Bouffons-le !

GRAND PRETRE : Le premier qui l’attrapera aura le meilleur morceau ! A table !

Sardinha s’enfuit sur le côté dans un cri apeuré, suivi des sauvages faisant des têtes exaltées. Bruit de couteaux. Un indien va chercher une poêle.

GRAND PRETRE : Allumez le feu ! Préparez la broche !

PRETRESSE SADIQUE : Tu aimes ça Monseigneur ? Tu aimes ça ?

SARDINHA : Pitiiiiiiiééé !

GRAND PRETRE : Et puis quoi encore ? Tu veux un chocolat chaud ?

PRETRESSE SADIQUE : YAAAAAAAAAA ! Je vais le farcir avec des patates !

Sardinha essaie de s’échapper à quatre pattes, mais les Indiens le traînent en arrière.
Hurlement de Sardinha...

Ozanam accoure sur la scène : Le reste de cette scène est censurée ! Je vous propose donc de revenir au moment où, avec les aventuriers, nous allions entrer dans mon village…

Scène 3 : Les mêmes, plus Maurel, dans le village des femmes.

Ozanam (entrant entrant dans le village, va à la rencontre de Maurel) : Ma chère !!!! Vous m’avez manquée ! J’ai cru sentir flétrir en moi les doigts de rose de l’aurore !...

M : Enfin enfin ma chère… Daphnis vous préserve d’une telle horreur ! Dites… Oh ! Mais vous m’apportez des prisonniers dites… Ha ha ha (rire machiavélique). Dites, euh… Installez-vous.

Ils se regroupent devant elle. « Marche au supplice » de Berlioz.

Dites, alors, euh… Je vais vous expliquer, dites, le fonctionnement de votre torture, dites. Tout d’abord, dites, je vais…

Hélie : J’ai soif, euh… oui, j’ai soif.

M : Dites, ne m’interrompez pas !

H : Où est la machine à café, euh ?...

M (toujours aussi impassible) : Dites, cette question est stupide ! Je suis un peu brutale, excusez-moi. Ce n’est pas vous qui êtes stupide, c’est la question. Enfin, c’est-à-dire, dites, la formulati…

H : Pom pom pom… Bon bah euh… Je vais la chercher moi-même euh… Je demanderai mon chemin à un lama…

Zorino (terrorisé, qui cherche à fuir les Amazones) : Je vous accompagne !!! Je connais, je vous guide !

M : Dites…

Lemaire : Moi aussi, je prierai pour notre salut !

M : Dites…

Leon : Moi aussi, je nous défendrai !

M : Dites…

Caz : Moi aussi, je… eh bien, je traduirai le nom de nos ennemis !

M (hurlant) : JE PEUX EN PLACER UNE ?!?!?!?! (silence de mort) Dites… Merci…

H et Z sortent discrètement.

M : L’acoustique est très mauvaise dans la jungle, alors, dites, ne me forcez pas à élever la voix, dites. (d’abord avec calme, puis de + en + frénétiquement) Alors, dites, d’abord je vais, dites, vous ligoter, dites, puis je vous fouetterai, dites, puis je vous transpercerai l’œil avec un pieu acéré, dites, je vous scierai la jambe avec une cuillère à soupe, dites, je…

O : Ma chère, ma chère… Calmez-vous, calmez-vous… Je crois, je crois que vous avez des problèmes de vocabulaire !

M : Mais je veux, dites, juste leur arracher les oreilles !

O : Non.

M : Juste le lobe, dites ?

O : Non.

M : svp ! Dites… Juste le lobe ?

O : Non. Non non non. Allez, enfermez-les et calmez-vous !

M : Dites, bon, d’accord… Traduisez, dites : « Le bourreau s’approcha et brandit son scramasaxe. Lorsqu’il s’abattit, la sanie gicla en un long jet, le pus se répandit, les os craquèrent, le sang coula à terre jusqu’au seuil de sa demeure ! ». (rire démoniaque). Dites, euh, bon, hem. Traduisez-ça. Nous allons, dites, adopter le système du volontariat. Le premier qui a fini se dénonce !

Chacun réfléchit, mais personne ne dit rien. Maurel les scrute avec un regard perçant. _ Elle sort une paire de jumelles, puis les range.

M : Personne ? Très bien. Je vais désigner un volontaire. Vous, là, le Teuton, vous êtes volontaire !

C : Euh… Ma chère amie, enfin… (M le fusille du regard) Bon, ma chère amie, alors, euh… (il s’éclaircit la gorge et dit avec un ENORME accent allemand) : euh… « Alea jacta est » ?

M : Pfff… Bon et vous, dites ?

Leon (l’air sérieux et très concentré) : J’imagine que je ne serais pas trop loin de la solution adéquate si je réponds : « Burrotus, euh… est très mechantus… et très cruellus… ». C’est bien ?

M : Eh bien, dites… C’est-à-dire, dites, avez-vous la sensation, je veux dire, pensez-vous, enfin, avez-vous le ressenti profond, percevez-vous le fait que… Êtes-vous sûr… Est-ce que vous êtes certain… Enfin, pensez-vous que ce que vous venez de me dire a un sens ?!?!?!?!

La sonnerie retentit.

M : Ah, ça sonne ! Dites, vous préférez faire une pause ?

Charbonnier : Oui oui, allez une pause, et chacun dans sa cellule ! Et que ça saute !

Chaque prisonnier part avec sa tortionnaire, les 3 duos côte à côte sur la scène.

Scène 4 : Lemaire, Charbonnier

Charbo : « Le génie du roman fait vivre le possible, il ne fait pas revivre le réel. » Qu’en pensez-vous ? C’est le sujet que j’ai donné dernièrement à mes élèves du dernier village tupi-guarani, et ils ont eu l’audace de me citer Harry Potter ! Vous vous rendez compte ? Les autorités vont en faire une crise cardiaque !!

Lemaire : Je préfère saint Ignace, le père Berthier avec son Journal de Trévoux, et le père Murillo Valverde, bien sûr !

Charbo : Vous avez, ce me semble, une culture très ecclésiastique ! Et que pensez-vous de l’opinion de saint Bonaventure sur les types d’auteurs ?... (cite des morceaux de saint Bonaventure en se perdant dans les pages ; se bat avec ses cheveux)

Lemaire : D’ailleurs, que pensez-vous de mon dernier thème ? (Commence à lire un texte de Camus)

Charbo : D’ailleurs, j’ai moi-même donné à mes élèves un sujet de Camus sur le roman. Ils m’ont encore parlé de la littérature fantasy, et de la littérature de série Z. Non mais attendez ! C’est de la sous-littérature ! C’est complètement aberrant ! C’est scandaleux ! Et Proust, là-dedans ? On devrait restreindre la diffusion des livres dans la jungle à des œuvres dûment estampillées !

Lemaire : Proust fait de longues phrases. C’est très intéressant, mais trop difficile à traduire en latin. Je préfère Rousseau.

Charbo : Ah non ! Pas vous, qui êtes jésuite ! Enfin, c’est un fou ! Il faudrait l’enfermer ! Mais si vous voulez, je peux vous emmener chez moi : j’ai quelques livres ici, mais j’en ai bien plus dans ma hutte. Evidemment, j’ai tout Proust, mais aussi tout le reste de la collection Pléiade (ramasse sa veste).

Lemaire : Volontiers. (au public) Une question ? Non ? Eh bien alors, je suis cette charmante Indienne.

Scène 5 : Maurel, Leon

M : Où en étions-nous ? Ah oui, dites, la traduction… Alors, toujours pas d’amélioration à apporter dites ?

L (brandissant son épée) : Non mais je ne vais pas me laisser martyriser comme ça moi !!! Je suis le brave chevalier Enrique, je vais me défendre, me libérer, me… (il continue d’agiter frénétiquement son épée).

M (elle rit et écarte l’épée d’une chiquenaude) : Ah… (souriant) Dites. (Effaçant son sourire) Soyons sérieux. La traduction.

L (baissant son épée, penaud, puis retrouvant son entrain comme si de rien n’était) : Eh bien, si je me référais à la 12ème édition italienne de la traduction, celle relevant non pas d’un historien mais d’un latiniste, non l’inverse, enfin, si je cherchais sur Google, ou sur…

M : Non non non dites !!! Contentez-vous de vos connaissances ! Je crains malheureusement que vous n’ayez une lecture myope du texte.

L : Moi, une lecture myope ?!?! Nom d’une sacristie !!! Mais pas du tout ! Je… raccourcis un peu, voilà tout.
J’éclaircis, c’est cela. (Rêveur soudain) Tel saint Augustin éclairant du feu de son savoir la brillante Cité de Dieu… Ah, saint Au…

M : Non, là vous avez une lecture psychologisante de la situation…enfin à côté de la plaque quoi !!! Non mais c’est ingénieux hein ! Mais c’est faux. Dites, reprenez la traduction.

L : Alors moi, je ne ferai pas comme Barthélémy, qui est trop inspiré. Je ne suis pas furieux, mais quand même agacé. Moi, le brave chevalier Enrique, ma traduction sera probe à défaut d’être géniale !!!

M (toujours absolument impassible) : Dites, je parle avec un peu d’impatience dans la voix. Mais, là, vous palabrez sans effet dites. Votre visage s’exalte pour un rien.
Comment traduisez-vous « visage » ?

L : Visagus bien sûr.

M : Mais non enfin ! Si vous ne savez pas, utilisez-moi comme on utilise un Gaffiot dites ! « Visage » se dit « vultus ». C’est évident. D’ailleurs, on le retrouve dans l’expression française « faire volte face », c’est faire face pour montrer son visage dites ! C’est évident ! La forme a changé, le « u » est devenu « o », c’est parce que, euh… eh bien, parce que… on se retourne…
(Leon ouvre des yeux ronds, Maurel hésite de plus en plus)
Enfin oui c’est évident… Enfin, euh… J’ai peut-être un peu forcé l’étymologie là. J’ai dû m’égarer dites.

L : Egarée ? Voulez-vous mon plan de la cité épiscopale de St-Cicéron-des-Andes ? (il fouille sa sacoche) Ah non zut, j’ai omis de le photocopier, comme un âne… Vous voulez que je vous le décrive ? (grand sourire stupide).

M : Dites, là, c’en est trop. Je vais… (elle abaisse son loup) … neutraliser l’erreur !!!
Maurel bâillonne Leon qui se débat.

Scène 6 : Cazauran, Ozanam

Musique grecque.

Oz, charmeuse : J’ai pu constater, cher Monsieur, que vous êtes grammairien.

Caz : Doch doch doch chère amie, c’est tout à fait mon cas ! Et je parle allemand en plus ! Et néerlandais aussi, c’est plus facile, mais c’est moche comme tout !

Oz : J’avais donc pensé à une petite joute … oh, amicale ! Des phrases de thème et de version, rien de plus …

Caz, enthousiaste : Quelle bonne idée, ma chère amie ! Moi-même, je me suis plié à ce genre d’exercice.

Oz : Nous allons commencer tout de suite. A vous l’honneur.

Caz : D’abord du thème, comme d’habitude ! Alors … Non ça c’est trop facile … Dévoué !

Oz : Ergeben. À moi … Je vais vers.

Caz : ει — L’instantané !

Oz : Schappschuss !

Caz : L’article !

Oz … Der … Infinitif Aoriste 2 actif de didomi. :

Caz : εδουναι

Oz : Oubliez l’augment…

Caz : dounai … Déchirant. Un cri déchirant comme seul peut l’être un cri.

Oz : Markerschütternd. Devons nous rester ?

Cz : μεινομεν ? Plus je te vois, plus je t’aime. Les personnages se rapprochent l’un de l’autre.

Oz : Je öfter ich dich sehe, desto mehr liebe ich dich. C’est très romantique … Connaissez vous Daphnis ? … Alors … Lorsque tu pars, je pleure.

Cz : Οταν απιηs, δακρυω — Plus je te connais, plus je t’aime.

Oz : Je mehr ich dich kenne, desto mehr liebe ich dich. Ne me quitte pas !

Cz : Μη απολιτησ με ! Laissons là le thème, passons à la version. Je vous laisse la main.

Oz : Un petit Platon mignon pour commencer …Καληπα το καλα εστιν... Ça se traduit tout seul…

Caz : Les belles choses sont difficiles. Die Kunst geht nach Brot.

Oz : L’art est en quête de pain … Λυσίας γὰρ ὁ σοφιστὴς Μετανείρας ὢν ἐραστής, ἐβουλήθη πρὸς τοῖς ἄλλοις ἀναλώμασιν οἷς ἀνήλισκεν εἰς αὐτὴν καὶ μυῆσαι, ἡγούμενος τὰ μὲν ἄλλα ἀναλώματα τὴν κεκτημένην αὐτὴν λαμβάνειν, ἃ δ’ ἂν εἰς τὴν ἑορτὴν καὶ τὰ μυστήρια ὑπὲρ αὐτῆς ἀναλώσῃ, πρὸς αὐτὴν τὴν ἄνθρωπον χάριν καταθήσεσθαι. Des problèmes de vocabulaire ? Non ? Alors on continue !

Caz : Euh … Lysias … Euh …. En effet … Euh… Oz fait à chaque fois oui, très bien…

Oz : Vous allez traduire, et vous allez comprendre..

Caz : Euh... Je déclare forfait.

Oz : c’est inégal, vous savez. C’est dommage, mais… air désolé. Vous êtes mon prisonnier. Elle le ligote gentiment. Nous pourrons avoir de longues conversations grammaticales, le soir au coin du feu… Vous verrez, mes versions sont bien plus calmes, sauf Antiphon, mais il a tout inventé…

Il sortent.

Acte III

Scène 1 : N, Z, Caz, Lm, Ln, Oz, Ch, Mau puis Fouquet-Jeanne

Nounours revient avec une tasse de café et Zorrino

N : qu’ est ce qu’il est bon ce café ! pas cher en plus ! on voit que les sous marins allemands sont pacifiques ici ! (à Zorrino) Tu ne peux pas imaginer combien les gens ont souffert pendant la guerre de 14-18 : ils n’ avaient pas de café ! C’ était atroce !(sniff !)

Z : Mais dépêchez vous ! Ces horribles femmes vont revenir et nous torturer !! Elles arrivent ! Madre de Dios, Santa Madona !!

Chaque femme arrive en traînant son prisonnier

Maurel : Bon, je vois que vous vous êtes acquittées de votre office. (aux prisonniers)Bon, dites, vous vous installez maintenant : nous commençons les réjouissances ! Une version sur table bien sanglante, comme petit avant goût !! Et n’utilisez pas trop le dictionnaire, hein ? distribue des feuilles et scrute prisonniers avec des jumelles …

Sonnerie

Oz : Voilà encore les sonneries délirantes !!

2è puis 3è sonnerie

Léon : Ah c’ est des microsonneries ! Sonneries de merde !!

Entrée de Fouquet-Jeanne

FJ : Alors, oui, bonjour ! Comme vous êtes des nouveaux prisonniers, j’ aimerais que vous remplissiez quelques petits formulaires : un pour la cantine (pas d’assurance en cas d’ empoisonnement !), pour la Sécurité Sociale (vous en aurez vraiment bien besoin !) et pour l’internat de notre village … Et… brandit une photo... Qui veut adopter un petit Chinois ?
Rendez-les moi dans une heure sans faute, sinon on vous laisse crever (dès maintenant, je veux dire !) !!

Léon : Est ce qu’on doit joindre un chèque ? Je suis bien embêté, un singe m’a volé mon chéquier !

FJ : Ah, je ne sais pas… Vous n’avez qu’à vous débrouiller tout seul, vous êtes majeur, et si vous n’êtes pas majeur, il me faut une autorisation des parents sur la feuille jaune que je suis censée vous avoir distribuée …

Maurel : Mais non ,tout est gratuit enfin !! Ça nous fait plaisir ,voyons !!

Ch : Piapiatons un peu, mes amies.

Tous remplissent les fiches. Léon fredonne : Sainte Foy est arrivée (air de Zorro est arrivé) tandis que les femmes bavardent.

Caz : Dites –moi, chers amis, comment traduit-on Handgranate ? Hein ? Pas de réponse ? Je fais le geste : je lance la Handgranate !!

Ch : Arrêtez ces signaux de fumée, là bas !! C’ est terriblement énervant !

Leon, qui a enfin compris, sort une grenade de son sac, à voix basse : Je vais nous sauver ! Vous verrez, comme le brave chevalier victorieux que je suis, je nous sauverai ! etc..

Caz continue à mimer le lancer puis dit  : Quand faut y aller , faut y aller !!

Et il prend la grenade à Leon et la lance ; Maurel s’ effondre et Ozanam rentre sur scène pour la ramener dans les coulisses avec grande inquiétude. Toutes les femmes sortent .

N : Alors, euh, là la scénariste avait prévu une remarque cynique, mais c’est pas passé à la photocopie alors euh…

Ch déboule sur la scène et dit : regardez ce magnifique passage de la Chartreuse de Parme (lit un passage guerrier) ; je viens avec vous, romanesques aventuriers !! Sortis tout droit des livres de Flaubert, de Stendhal et de Proust bien évidemment !!! (est complètement enthousiasmée)

Zorrino : en route pour le trésor maintenant !!

Ils sortent en chantant (l’Aventurier, d’Indochine) :

Et soudain surgit Cazauran
Le vrai héros de tous les temps
Helléniste contre germaniste
Et adjuvant du médiéviste !

Maurel et Ozanam reviennent, puis les suivent en chantant et en boitillant.

Scène 2 : Ln, Lm, Caz, Z, Ch, Levrard Capac

Levrard-Capac, cachée sous une couverture en fourrure, rappelant son manteau poilu : Ah, ah ! s’exclame-t-elle en sortant théâtralement de dessous sa moumoute. Goodie, goodie, les enfants.

Ours Hélie : C’est quoi ça heu... un babouin ?

Léon : Non, c’est une vieille légende. Les textes la présentent comme « le vénérable kangourou visualisateur », mais moi, je les ai repris ces textes et je peux vous dire que je ne suis pas d’accord avec la traduction qu’en donne Dominique Barthélémy qui ne s’est vraiment foulé pour le coup ! Et pourtant n’allez pas dire que je ne l’aime pas, c’est un excellent ami à moi...

Levrard-Capac, le coupant : Moi ? Un kangourou visualisateur ? Non moi quand je me suis levé this morning, j’ai plutôt vu dans mon glace, heu glace c’est good les enfants ? Miroir c’est mieux ? Ah non... ce que j’ai trouvé chez moi en réfléchissant, c’était « psyché ». Voyez comme ça on rend le côté poétique. Donc ce matin quand je me suis regardé dans mon psyché j’ai plutôt vu une princesse et ensuite j’ai parlé. Alors là je me suis dit que malheureusement c’était plutôt voix de crapaud dans corps de princesse...

Ours Hélie : Bon, on est là pour l’énigme Levrard-Capac truc...

Levrard-Capac : Attendez, il me semble que je suis plus capable de juger si votre préparation à l’oral doit durer 5 ou 10 minutes ! Bon allez-y. Goodie, goodie, you have to translate : « When I walked with him toward the bank... »

Ours Hélie : « Alors que je me dirigeais à ses côtés vers la rive... »

Levrard-Capac : « where my father waited for me »

Léon : « où mon père m’attendait »

Levrard-Capac : « the world didn’t seem changed but redefined »

Lemaire : « le monde ne m’apparût pas... »

Levrard-Capac : No my dear. Sorry but « the world » doesn’t mean « le monde ». Voyons ici c’est l’univers ! You see, faisant de grands gestes, « l’univers » c’est pas pareil que « le monde » ! Elle tombe par terre et se relève. L’univers, les enfants, l’univers !

Ours Hélie : Bon euh on s’en va.

Levrard-Capac : Quoi ? Vous avez échoué, vous n’avez pas perforé mon énigme !

Léon : Heu en fait c’est ’’percer’’ une énigme.

Levrard-Capac : Oui mais moi, ce que je veux dire, c’est plus fort ! Bref je vous maudis ! Je vous condamne à être tansformés en crapaud à la voix de princesse !

Ils s’éloignent.

Léon : Tu trouves que je ressemble à un crapaud ?

Ours Hélie : Et moi heu tu crois que j’ai une voix de princesse ? Pfff... ces vieilles légendes.. euh... c’est du bidon.

Scène 3 : Caz, Leon, Ch, Z, N, puis le Chœur.

Z : Je connais, c’est par là ! Entrons dans ce tombeau lugubre plein de squelettes et de toiles d’araignées !

N : Je crois que notre aimable hôtesse a eu un effet pervers sur vous …

Cz : Retroussons nos manches ! Joint le geste à la parole.

Ch : Vous vous souvenez du moment où Montriveau jette à la mer le cadavre de la duchesse de Langeais ?

Leon : Regardez ces peintures Incas, avec cette dialectique constante de la verticalité dans les sacrifices humains ! Et là, cette métaphore du monde astroglobal symbolisé par la présence de l’autel portatif derrière le chancel pyramidal !
Si je devais faire un plan dessus, il faudrait recourir à l’alphabet araméen ! Le tout représenté avec une rigueur qui aurait fait plaisir à Mme Richet ! C’est un chouette de document ! Et merci au jury de nous l’avoir donné à commenter !

Lm : C’est beau comme l’antique !

N : Les petits bonshommes défilent, c’est un plaisir sans fin !

Ln : Mais …. Oui !! Regardez, un passage secret !! (ce passage peut se situer, par commodité, dans les coulisses, d’où il ressort les bras chargés de paquets cadeaux)

N : Mais euh… C’est ça le trésor ? On a fait tout ce chemin pour ces vieux paquets pourris, aux emballages issus de l’industrie chinoise ? Car comme je lai déjà dit : dans le monde, y a les chinois, et ils sont nombreux ces cons-là !

Ch : Peut-être qu’il y a plusieurs trésors à découvrir, plusieurs actes à accomplir, comme dans le Cid ! D’abord Don Gormas, puis les Maures à liquider, et Chimène à consoler... C’est reposant, pas d’état d’âme : on dirait le Chartiste — j’ai fini la médiévale, je passe à la moderne !

Ln : Mais … Si l’on prend la traduction de la chronique de Vittida … Mais oui, j’y suis ! C’est bien le trésor !

Lm : Pourquoi pas ? Vous avez sans doute raison.

N : Mais c’est des trésors en peau de lapin !

Ln : Une dernière remarque …

Personne ne l’écoute ; Tous se réjouissent autour du trésor.

Caz : Cela me rappelle quelques vers … D’Annette Von Droste-Hülshoff… Vous la connaissez ? … Vous n’écoutez pas hein…

Ln : Mais….. Une dernière remarque…. J’ai bien 5 minutes ?

Personne ne l’écoute. Musique des Cités d’Or. Tableau. Entrée du chœur.

Le Chœur : Messieurs et mesdames les professeurs, j’espère que cette petite pièce vous a divertis. Cependant je sais que vous vous posez une question : quelle est la véritable nature du trésor de Levrard Capac ? Il n’est pas maudit, loin de là, puisqu’il vous est destiné ! Permettez-moi maintenant de procéder à sa distribution par vos avatars d’un jour.

(FIN)

Textes : Emeline Pipelier, Hélène Coulaud, Guillaume Frantwa, Alexandre Tur, Iseut l’Huillier, Julia Torlet, Amandine Gaudron.

Répondre à cet article