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  • Alexandre

    Évidemment, tout le monde sait ce que Diogenes respondit (responderit) Alexandro roganti — eh bien quant à moi, si je n’étais pas Alexandre, je ne voudrais pas être Diogène (o tempora !).

    - 2008-09 : hypo
    - 2009-10 : chambellan (maison de SM Guillaume L’Archivalseur)

Première erreur (je le dis une fois, après on arrête définitivement) : derrière ce nom surprenant, point de rapport avec une certaine cité de la Beauce sise sur la Loire et célèbre (en particulier) pour sa cathédrale gothique tant louée par Péguy, pour une bataille de vikingr, et pour l’incendie de sa bibliothèque qui, en 1944, signifia la perte de nombreux manuscrits de la prestigieuse école du XIIe siècle… Voilà qui est dit ! Après, en faisant preuve d’un peu d’analyse, je pense que vous avez déjà une petite idée de ce qui va suivre…

Qu’est-ce diantre que cette école ? D’où sort-elle ?

(Nota : il faut bien expliquer un peu ce qu’est l’ENC ! Cependant je ne vais pas innover : on se reportera avec profit à la page Wikipédia sur l’École nationale des chartes ou à la page de présentation du site de l’école (http://enc.sorbonne.fr))

Magna Carta Le nom de l’école est pourtant explicite, si l’on sait compter les « r » : une école pour apprendre à s’occuper des chartes (j’avoue, c’est un peu réducteur, mais on va préciser). Qu’est-ce qu’une charte alors ? Diantre ! Une charte, en latin carta, désigne dans cette langue une feuille de papier, par opposition aux livres qui formaient alors des rouleaux, volumina. Par extension, le mot en est venu à désigner tout acte juridique, qui tenait sur une feuille simple. Un contrat entre individus, un don à un monastère, des privilèges accordés par un seigneur à une communauté d’habitants… tout au long du Moyen Âge et de l’Ancien Régime (après, ils se sont calmés), ceux qui voulaient garder des traces de ces actions juridiques en cas de litige ont soigneusement conservé leurs chartes, les recopiant avant que le papier ne s’abîme et en faisant des recueils.

L’École Nationale des Chartes a été créée le 22 février 1821 par le roi Louis XVIII – petit excursus historique : vous vous souvenez du roi Louis XVIII ? frère cadet du roi Louis XVI bien connu pour sa fin (pas de chance !), il avait fuit pendant la Révolution… Après la défaite de Napoléon Ier (l’empereur) les Européens vainqueurs ont trouvé que, quand même, un roi, c’était mieux (il faut dire qu’eux même…) et ils ont mis ce brave Louis sur le trône. Ça s’appelle la Restauration, et ça commence par l’adoption d’une certaine Charte constitutionnelle (quel drôle de nom !). Bon, maintenant vous pouvez oublier, c’est hors programme —. Le roi Louis XVIII, donc, a donné son accord à l’ouverture de l’ENC en 1821. 1821. Maintenant (navré), c’est vers l’histoire culturelle que je me tourne pour faire le lien entre ces deux paragraphes. 1821, c’est le début du XIXe siècle. Si, si, ça vous dit quelque chose, on le voit à l’école : le XIXe siècle, c’est une époque un peu instable dont l’unité vient d’abord de ses poètes – 1821, c’est le premier romantisme (Madame de Staël, Walter Scott, Goethe, Chateaubriand… vous voyez que ça vous dit quelque chose !). À cette époque, on s’intéresse de nouveau à l’Histoire (le XIXe siècle, c’est Le siècle de l’Histoire, avec un grand L ou un grand S, comme on veut). On cherche ses racines. Et en particulier, on s’intéresse à cet âge sombre, mal connu et fantasmé qu’est le « Moyen Âge » : la période rejetée depuis la Renaissance qui s’étend entre la chute de l’Empire Romain et la Renaissance… une dizaine de siècles tout de même ! Oui mais voilà : écrire l’Histoire, c’est bien ; mais ce n’est vraiment palpitant que lorsqu’on n’invente pas tout à fait tout au fur et à mesure. Il fallait donc chercher des documents capables de renseigner sur les événements d’alors : ces documents, c’étaient les chartes.

Les chartes, d’accord ; justement, on venait d’en récupérer un beau paquet après la Révolution (confiscations par les révolutionnaires qui n’aimaient pas vraiment les chartes, évocatrices de privilèges) dont on ne savait pas quoi faire. Seulement, encore fallait-il les lire ! Au Moyen Âge, pas d’imprimerie : tout était écrit à la main, pas forcément bien, et pas forcément avec exactitude — le moine qui recopiait la charte pour la conserver ne se préoccupait pas forcément de préserver le sens, qu’il ne comprenait d’ailleurs pas forcément, ou même changeait un morceau de phrase qui ne lui plaisait pas, etc. Vous avez essayé de lire la charte ci-dessus ? Vous conviendrez alors qu’il fallait une école qui formât des professionnels du décryptage de chartes (puis, tant qu’à faire, du classement) : l’École Nationale des Chartes.

Depuis 1829, ces fonctionnaires étaient appelés des archivistes paléographesarchiviste, on voit pourquoi ; paléographe signifie qu’il décrypte des écritures manuscrites anciennes (παλαιοs + γραφειν) – et depuis 1846 ces études ce faisaient en trois ans, validées par une thèse. Nous en sommes à peu près là.

Attention ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Les méthodes, les objets d’études, les centres d’intérêt ont changé (les chartes, ça commence à gaver : on préfère — enfin tout dépend qui — aller chercher des bouts de métaux dans les tombes avant qu’on ne les recouvre de parkings pour supermarchés ; « on a même introduit l’électricité à l’École des Chartes » !). L’École est « une institution à la pointe de la recherche historique » (y a-t-il écrit sur son site). Elle forme aux techniques les plus modernes, notamment numériques, et a depuis longtemps déjà élargi son champs : les chartistes s’intéressent à l’ensemble de l’Histoire (jusqu’à avant-hier dans la nuit) et non plus seulement à la médiévistique (même si l’ENC reste infestée de médiévistes et une « voie royale » pour qui veut se faire médiéviste) ; la philologie est toujours enseignée, mais concurremment à des domaines comme l’archéologie ou l’histoire orale. Pour plus de détails sur cette modernité de l’ENC, je vous renvoie à l’[interview du directeur] M. Jacques Berlioz par la revue Historiens et Géographes en 2010.

Et, aujourd’hui, quels débouchés ?

Bibliothèque d'histoire À travers toutes les formations de pointe dispensées, l’École forme des historiens. Oui mais, que fait un historien dans le monde d’aujourd’hui (j’admets que poser une plaque d’historien devant sa maison n’est pas la méthode la plus conseillée) ? En ce qui concerne l’ENC, elle forme toujours en priorité les fonctionnaires dont l’État a besoin pour entretenir son patrimoine historique – ce qu’on appelle, plus simplement, « le patrimoine ». Il y a plusieurs voies au sortir de l’École (notons toutefois que les archivistes paléographes s’engagent à servir l’État pour dix ans). La plus courant est de devenir conservateur. Conservateur de bibliothèque ou conservateur des archives, voire conservateur de musées, châteaux, etc. Pour cela, l’École conseille une formation complémentaire après la sienne : on choisit entre l’Institut national du patrimoine (INP) et l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB). Il est aussi possible d’aspirer à une carrière universitaire (enseignement et recherche) : la thèse de l’École peut déboucher assez naturellement sur une thèse de doctorat, ce qui permet de devenir maître de conférences. On peut même passer l’agrégation pour obtenir un poste à l’université ou au CNRS.

Par ailleurs, dans un « monde » assez restreint, chacun construit assez largement sa propre carrière, par ses choix personnels.

Comment entrer à l’École des Chartes ?

C’est la question que nous nous posons tous. Quelques éléments de réponse.

L’École Nationale des Chartes offre plusieurs voies de recrutement.
- La plus ancienne (depuis 1846) est la filière en trois ans et neuf mois (six semestres dont stages, y compris à l’étranger) qui mène à la soutenance de thèse et au titre d’archiviste paléographe. On y accède par concours d’entrée, et les élèves sont fonctionnaires-stagiaires donc rémunérés. Ce concours, avec deux sections (commodément appelées sections A et B) offre entre 20 et 30 postes par an : en général 24 (16 en A et 8 en B) ; en 2010 nous avons eu la bonne surprise de voir le nombre de poste élevé à 30. Les élèves qui obtiennent le concours s’engagent pour dix ans de travail au service de l’État. Il faut avoir le baccalauréat pour pouvoir passer le concours, mais on lui reconnaît un niveau Bac+2/3 : il se prépare en Classe Préparatoire aux Grandes Écoles, c’est l’objet de ce site !
- On peut suivre ce même parcours en candidat libre, ou en tant qu’étudiant étranger. Dans le premier cas, l’enseignement est payant et ne délivre aucun diplôme. Les étudiants étrangers sont admis sur concours (le même) mais ne sont pas payés pendant leur formation (gratuite cependant) : ils terminent leur scolarité par la soutenance d’une thèse et obtiennent le diplôme d’archiviste paléographe. L’ENC passe aussi des accords bilatéraux avec un certain nombre d’institutions étrangères permettant d’accueillir des étudiants, et participe à des programmes comme Erasmus.
- L’École offre une formation de Master (cadre universitaire européen LMD) spécialité « Technologies numériques appliquées à l’Histoire ». Il s’adresse aux élèves ayant obtenu leur licence en Histoire, histoire de l’art, droit ou lettres, sur entretien. Il s’agit d’une formation universitaire classique, en 4 semestres, sans rémunération ni engagement. Elle permet plus particulièrement de se former au traitement scientifique moderne des sources historiques.
- Depuis 2010, l’ENC participe à la classe préparatoire intégrée à l’Institut national du patrimoine (INP), en partenariat avec l’École du Louvre. Il s’agit d’un mode de recrutement sur critères académiques et sociaux, pour aider à l’égalité des chances. La formation dure un an avec stages pour les titulaires d’une licence.
- L’École permet enfin diverses voies de formation continue (séminaires, stages…).

et chartes.org dans tout ça ?

Ce site n’a pas été fondé par des élèves de l’École Nationale des Chartes, mais par des élèves préparant le concours pour l’intégrer (ce qui n’empêche pas qu’un certain nombre ont fini par devenir élèves de l’ENC !). C’est donc surtout, sinon uniquement à cette filière-là qu’il s’intéresse, et sauf mention contraire, les articles s’y réfèrent.

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Pour plus d’info : voir les sites mentionnés plus haut, ainsi que la plaquette de l’ENC

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Forum

  • L’École des Chartes

    10 juillet 2010, par Isabelle

    Niveau bac +2/3 ?????? C’est une énormité , quand on sait le niveau qu’il faut atteindre pour entrer à l’ENC, y faire son cursus et en sortir.
    Ce niveau sort d’une décision d’une imbécilité administrative malveillante et volontaire pour la rabaisser et ne reflète absolument pas ce que qu’est l’ENC : on ne demande pas autant de choses ni autant d’épreuves à un bac+6 ou à un docteur !
    Il est vrai que l’ENC a un gros défaut : elle ne cultive ni le mercantilisme imbécile d’HEC, qui passe actuellement pour la seule grande école française valable, devant Polytechnique (excusez du peu, pour des chefs de rayon et des comptables améliorés....), ni le bling bling ambiant. Elle produit même des professionnels qui produisent depuis 15 ans la moitié des programmes de numérisation culturelle dont le Ministère de la culture est si fier (horreur, il savent travailler !), et qui examinent aussi la société comme elle croit aller et qui s’en inquiètent (abomination, ils ont une pensée !) : http://www.laurent-mucchielli.org/index.php ?post/2010/07/09/Une-tentative-de-fichage-général-de-la-population-française
    Trop d’énarques cherchent des points de chute qu’ils imaginent peinards à la culture pour qu’on laisse vivre longtemps ces professionnels opérationnels qui ne font rien qu’à gêner les requins pressés ....

    • L’École des Chartes

      11 juillet 2010, par Iseut

      Je confirme ce que dis Alexandre : pour passer le concours il faut le bac sur le papier, mais dans la pratique, on le passe deux à trois ans après le bac. Maintenant, oui, ce sont deux à trois ans d’un travail incessant, mais seulement deux à trois (voire quatre) ans.
      D’ailleurs, j’ai passé le bac en 2008 et je viens d’être reçue... et Alexandre aussi. A notre sortie de l’école, nous aurons je crois (et si tout va bien) le diplôme d’archiviste-paléographe (niveau M2 ?) ?
      Quant à l’attaque contre HEC, et l’ENA... qu’est-ce que ça vient faire ici ?

    • L’École des Chartes

      27 juillet 2010, par Jeanne

      Je soutiens totalement Iseut et Alexandre : oui, c’est un concours à bac +2 (pour eux) ou 3 (pour moi), 4 dans le pire des cas. Je tiens à dire et affirmer que TOUS ceux qui présentent le concours, sauf une exception notable cette année, ont passé leur bac au maximum quatre ans avant. Certes, le niveau est très élevé, mais pas insurmontable non plus (la chance joue beaucoup, je pense que mes camarades seront d’accord, plus sans aucun doute que le niveau réel des candidats). Et j’avoue que je m’interroge sur le bien fondé de l’attaque portée à l’encontre des gens d’HEC (qui en bavent, eux aussi !) et de l’ENA (pour lesquels je ne dirai rien parce que je n’en connais pas). Enfin, ce site se veut apolitique, et n’est pas fait pour devenir une tribune pour les mécontents. Le message d’Alexandre donne des informations exactes, et n’ont rien à voir avec ses opinions. Le niveau demandé n’a rien à voir avec un projet quelconque de rabaisser l’Ecole (HEC aussi, c’est 2 ou 3 ans après le bac...).

    • L’École des Chartes

      28 juillet 2010


      TOUS ceux qui présentent le concours, sauf une exception notable cette année, ont passé leur bac au maximum quatre ans avant

      Faux ! F. n’étaient pas le seul candidat libre qui avait passé son bac il y a plus de 4 ans, même si c’était il est vrai le plus marquant. Il faut lire les petites affiches devant les salles d’exams, c’est très partiel mais sociologiquement pas inintéressant.

    • « Niveau » de l’ENC

      20 août 2010, par Alexandre

      Hé ! Ce que j’ai écrit n’appelait pas du tout de telles polémiques !
      Évidemment, on peut passer le concours d’entrée quel que soit son âge et son niveau universitaire (enfin, ce n’est pas forcément si « naturel » que ça puisque ce n’est pas le cas par exemple aux concours des Écoles Normales Supérieures où, si je ne me trompe, il n’y a plus de limite d’âge mais une limite de diplôme).
      Dans la grande majorité, les candidats ont un niveau Bac +2/3/4, parfois une licence universitaire, mais la plupart du temps ces années correspondent à un parcours en classe préparatoire qui se fait en 2 à 4 ans (puisqu’il n’est possible de passer le concours que trois fois). Mais rien n’empêche les parcours « atypiques » (pour me concilier tout le monde, je rappellerai seulement que la formation à l’ENC est cependant une formation professionnelle, avec engagement de dix ans pour les lauréats qui souhaitent que leurs études soient payées).
      Quant au « niveau » dont je parlais, il s’agit de celui qu’on « reconnaît » au concours, en terme d’équivalence universitaire. Ainsi (si j’ai tout compris), après trois ans de formation à l’École, les chartistes de la filière archiviste-paléographe obtiennent-ils une équivalence de master (M2 <=> bac+5) — implicitement, cela signifie que l’entrée à l’ENC correspond à un niveau L2 (<=> bac+2, ce qui correspond en général à l’équivalence dont bénéficient les carrés, les cubes ayant une équivalence de L3 et certains bicats de M1).
      Pour tous ceux qui n’ont pas étudié réellement à la fac pendant ces années (donc la majorité), ça ne signifie pas grand’ chose. Et de toute façon, le niveau universitaire « bac+2 » est loin de toujours correspondre à deux années après le bac, pas même toujours à deux années d’études...
      Autrement dit, c’était une petite précision qui n’engage pas à grand’ chose ni même ne signifie grannd’ chose : une convention pour fabriquer les jolis tableaux de l’enseignement supérieur... Et tout ça n’empêche pas que ce ne soit pas un cursus facile (parler de « trois années d’études » ne préjuge nullement du travail réel fourni pendant ces trois années, variable d’une formation à l’autre, d’un étudiant à l’autre, etc...)

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